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Brest Atlantiques

07 novembre 2019 à 23h00 Par Communiqué de presse
Crédit photo : ©Brest Atlantiques

Jeudi 7 novembre

Après plus de deux jours de mer, les quatre trimarans engagés sur Brest Atlantiques évoluent quasiment à la latitude des Canaries, cap au sud dans un alizé moyen et une mer qui s’est désormais bien aplanie. Et si l’irrégularité de l’alizé oblige les marins à rester vigilants, les conditions de vie à bord sont bien plus agréables.

Journée stratégique sur « Brest Atlantiques » ! Après un tout droit bosselé dans le Golfe de Gascogne et une joliment nommée « aile de mouette » pour passer au sud de l’anticyclone des Açores, le grand sujet du jour sur les quatre trimarans partis mardi de Brest était le choix du moment de l’empannage, le premier de la course, à effectuer pour incurver la trajectoire plein sud vers l’équateur puis le Brésil. Une manœuvre indispensable mais coûteuse en énergie, comme l’a expliqué Jean-Luc Nélias (Sodebo Ultim 3) dans une vidéo envoyée par le media man martin Keruzoré : « Un jibe (empannage), c’est environ une demi-heure, entre monter un foil, descendre l’autre, faire la manœuvre, reborder le gennaker, retrouver tous les réglages ».
C’est le Maxi Edmond de Rothschild, le plus à l’est de la flotte depuis son passage à l’intérieur du DST du Cap Finisterre, qui a dégainé le premier en milieu de nuit de mercredi à jeudi, Franck Cammas et Charles Caudrelier ayant eu le droit à deux autres empannages dans la matinée, perturbés par un grain qui a collé aux basques de leur trimaran. « Le premier empannage était bien placé, nous avons eu un super début de bord, mais ensuite, on a buté dans un grain qui avançait avec nous », a commenté Charles Caudrelier dans une vidéo envoyée par le media man Yann Riou, Franck Cammas ajoutant : « On a galéré toute la nuit, on a fait des bords à l’envers ».
Du côté des autres bateaux, le Trimaran Macif (François Gabart/Gwénolé Gahinet), le plus à l’ouest de la flotte, a empanné une fois, tout comme Sodebo Ultim 3 (Thomas Coville/Jean-Luc Nélias), tandis qu’Actual Leader (Yves Le Blevec/Alex Pella) a effectué la manœuvre à deux reprises. Jean-Luc Nélias résumant l’enjeu de cette bataille stratégique : « Il fallait essayer de trouver le meilleur moment possible en fonction de la force et de la direction du vent, c’était important de caler cet empannage le mieux possible, parce que normalement, c’est le dernier avant le Pot-au-noir qui est dans deux jours. On ne saura que dans deux jours si c’était le bon moment. »
D’ici là, une descente toujours rapide dans un alizé irrégulier d’une quinzaine de nœuds et dans une mer désormais bien praticable attend les huit marins. Elle nécessitera bon nombre de réglages pour adapter la trajectoire aux caprices en force et en direction de cet alizé, mais l'état de la mer va permettre à tous de recharger les batteries après une entame musclée. Au classement de 16h jeudi, le Maxi Edmond de Rothschild est toujours en tête, avec 25 milles d’avance sur le Trimaran Macif, 132 sur Sodebo Ultim 3 et 248 sur Actual Leader.

Mercredi 6 novembre

ls ne traînent pas en route ! Partis prudemment mardi dans une Mer d’Iroise très agitée, les quatre trimarans engagés sur « Brest Atlantiques » ont peu à peu allongé la foulée en même temps qu’ils lâchaient des ris dans leur grand-voile et déployaient les voiles d’avant, profitant d’angles de vent favorables (nord-ouest) et d’une mer peu à peu aplanie, propices à de la très haute vitesse. Les vidéos du bord envoyées par des media men bien secoués par cette entrée en matière plus que tonique sont assez impressionnantes, entre sifflements incessants, gerbes d’écumes et pointes au-delà des 40 nœuds !
Et si les premières heures ont été plutôt prudentes, au point que deux des quatre bateaux, le Maxi Edmond de Rothschild (Franck Cammas/Charles Caudrelier) et Actual Leader (Yves Le Blevec/Alex Pella), ont choisi une route plus abattue dans le Golfe de Gascogne et un passage à l’est du DST (zone de séparation du trafic) du Cap Finisterre, ils sont désormais tous passés en mode régate, notamment en tête de flotte où le Trimaran Macif (François Gabart/Gwénolé Gahinet) et le Maxi Edmond de Rothschild ne se sont pas lâchés de l’après-midi de mercredi, avec quasiment la même distance parcourue et une moyenne très proche (28-29 nœuds).
Derrière, alors qu’ils évoluent tous au large de Gibraltar (908 milles parcourus en tout par le Trimaran Macif au classement de 16h), Sodebo Ultim 3 (Thomas Coville/Jean-Luc Nélias) ne lâche pas de terrain, pointé à 54 milles du leader, tandis qu’Actual Leader, ralenti au passage du Cap Finisterre dans une petite zone de molle, est pointé à 162 milles. « On a commencé à voler depuis hier soir, là, on glisse à 40 nœuds, nous sommes en tête, c’est cool. On a réussi à ne rien casser dans le Golfe de Gascogne, à trouver le bon compromis entre vitesse et préservation du bateau », s’est félicité mercredi dans la journée François Gabart dans une vidéo envoyée par son media man Jérémie Eloy.
La suite du programme ? Le spécialiste du routage Christian Dumard, qui travaille avec la direction de course explique : « Ils finissent actuellement de contourner l’anticyclone des Açores par le sud dans une mer qui s’est bien lissée, c’est ce qu’on appelle faire une aile de mouette, ensuite, ils vont empanner, sans doute dans la nuit, entre Madère et les Açores, et faire route plein sud vers Rio. » Où les premiers sont attendus en à peu près 7 jours de mer…
Le mot de la direction de course (Jacques Caraës) : « Ce matin, le vent était encore assez irrégulier en force et en direction, on a vu qu’Actual Leader était tombé dans une grosse molle, mais depuis, c’est assez, voire très rapide, ils font un cap au 220, à environ 30 nœuds de moyenne. Nous n’avons reçu aucun appel, preuve que les bateaux et les bonhommes vont bien. Le prochain enjeu pour eux est le déclenchement de l’empannage avant de faire route au sud. A bord, même si la mer est mieux rangée que la nuit dernière, ça doit secouer, ils sont souvent pas loin des 40 nœuds, le media man doit bien s’accrocher dans ces conditions. Et il y a sans doute pas mal de fatigue, car ils n’ont probablement pas beaucoup dormi la nuit dernière et c’est difficile de trouver son sommeil quand ça secoue comme ça. »


Jour J

Des marins extrêmement expérimentés et donc capables de trouver le bon dosage entre envie d’aller vite pour jouer d’entrée aux avant-postes et nécessité de ménager les bateaux, les conditions de la première journée de course s’annonçant musclées, comme l’explique le directeur de course, Jacques Caraës : « Sur la ligne de départ, située entre la cardinale occidentale de l’île de Sein et le bateau comité Le Rhône, les prévisions donnent un vent de nord à nord-ouest moyen de 24-25 nœuds, avec des rafales jusqu’à 35-39. Le paramètre le plus délicat est l’axe de la mer, de trois-quarts avant. C’est certes engagé, mais on n’envoie pas les skippers faire les jeux du cirque, on sait qu’ils peuvent passer à condition d’avoir une attitude de bon marin, donc de faire le dos rond pendant les 8-10 premières heures. »
Ce qu’ils ont visiblement l’intention de faire, à les entendre en cette veille de départ : « On ne va pas faire de bêtises. Il ne faut pas oublier qu’on part pour un marathon, le Golfe de Gascogne n’est qu’un petit sprint de 10 heures », résume Charles Caudrelier, qui fait équipe avec Franck Cammas sur le Maxi Edmond de Rothschild. « Ça nous impose d’être tout de suite dans l’excellence, c’est ça qui rend l’exercice complexe, mais aussi très intéressant, et c’est pour ça qu’on s’entraîne depuis des années », ajoute Thomas Coville, qui dispose avec Sodebo Ultim 3 du dernier maxi-trimaran mis à l’eau, le 18 mars dernier (son co-skipper est Jean-Luc Nélias).
Cette traversée du Golfe de Gascogne dans une mer qui va peu à peu devenir plus praticable devrait durer une dizaine d’heures jusqu’au Cap Finisterre, la suite s’annonce glissante, puisque les quatre maxi-trimarans devraient bénéficier de conditions idéales pour aller vite, même très vite : les routages actuels les emmènent à l’équateur en… 4 jours et demi ! « Une fois sorti du Golfe, c’est la fête ! », sourit Yves Le Blévec, skipper d’Actual Leader (il fait équipe avec l’Espagnol Alex Pella), François Gabart, associé à Gwénolé Gahinet sur le Trimaran Macif, rappelant cependant : « Certes, les conditions seront plus faciles, mais c’est loin d’être anodin de naviguer à plus de 40 nœuds, il faudra aussi faire attention. »

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